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 [Quête de la Noce] 17- La Fuite (Sixième partie) Valsombre

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Daneel
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MessageSujet: [Quête de la Noce] 17- La Fuite (Sixième partie) Valsombre   Jeu 31 Mar - 19:15

Post N°26

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Fin de journée. Celle-ci avait été monotone, tout comme les précédentes et le petit groupe venait de monter le feu de camp. Daneel aimait ce calme des jours passés à marcher au grand air. Le fait qu’il y est, cette fois-ci, des gens avec qui parler ne gâtait rien, bien au contraire, même si, la plupart du temps, le trajet se faisait en silence. Les conversations portaient sur un peu tout, mais de nombreuses consistaient à présenter à Ezabel ce qu’elle n’avait jamais vues, telle espèce d’arbre, tel animal, comment allumer un feu de camp.

Ezmaline, sais-tu ce qu’est la colline là bas ?

Evidemment, elle ne savait pas. D’ailleurs, il n’était pas sûr non plus que Frère Pierre-Ami ou Gehanne le sachent, ce n’était rien de plus qu’une petite bosse dans un paysage légèrement bosselé.
La pauvre enfant prit l’air de celui prit en faute, ça n’allait pas du tout !


Mais non, mais non. C’est normal que tu ne saches pas. De l’autre coté, c’est le duché de Valsombre et je me disais que nous pourrions visiter un peu sa capitale dans les prochains jours. Il doit y avoir des lieux pittoresques à voir. Je n’ai jamais vraiment pris le temps de visiter lors de mes cours passages ici.

Daneel fit une petite pause.

Peut-être devrais-je vous en dire plus sur mes activités. Celles-ci sont diverses. En fait, ce travail pour ton père est tout à fait inhabituel, ça a été un peu, un concours de circonstances. Je viens de monter avec les frères Brawen et Roxie une guilde d’aventuriers spécialisés dans l’art. Certains pourraient vous dire que, s’il y a le nom de Brawen quelque part, tout ne sera pas forcément légal. C’est tout à fait exact. Bref, tout ça pour vous dire que, lorsque nous traverserons des villes, j’essaierai de mettre en place des comptoirs de la connaissance, lieu où mon organisation pourra acquérir des livres écrit par les habitants.
Bien sûr, ma priorité sera la sécurité de notre voyage, mais, si vous souhaitez m’aider dans mes autres activités, j’accepterai avec plaisir.


Nouvelle pause.

Alors, que voulez-vous faire ? Tourisme ? Visite des lieux chauds ? Escapade inopinée dans la forteresse ducale ? Allez-y, dites moi! Je suis sûr que l'on peut rendre ce voyage très divertissant.

_______________________


Dernière édition par Daneel le Ven 8 Avr - 19:37, édité 3 fois
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Ezabel
Princesse Impériale
Princesse Impériale
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Age : 18 ans

Légitimiste Légitimiste

Caractéristiques : Exigeante, autoritaire et têtue, elle a le bouillonnement des jeunes gens. Son éducation privilégiée l'a enfermée dans une solitude dorée et ses dehors durs cachent une réelle timidité et une sincère volonté d'amour.


MessageSujet: Re: [Quête de la Noce] 17- La Fuite (Sixième partie) Valsombre   Sam 2 Avr - 14:18

Post N°11


Curieux équipage et curieuse escorte pour une Princesse Impériale, obligée de voyager à pied, vêtue de guenilles. Il lui avait fallu plusieurs jours et surtout plusieurs nuits au sommeil intermittent pour accepter l’idée qu’elle était réduite à n’être qu’une personne du peuple, une anonyme parmi tant d’autres. Et plus de temps encore pour accepter de marcher de si longues distances en plein air, elle dont les jambes fines et élégantes ne savaient que parcourir des couloirs luxueusement décorés, chauffés en toutes saisons et abrités de toutes les colères du ciel.

Cheminer comme une saltimbanque sur les chemins poussiéreux, sous la pluie et le vent, sans même un carrosse confortable pour l’emporter la mettait dans une rage intérieure folle. De nombreuses fois, elle avait failli tout envoyer balader, s’asseoir avec entêtement sur un rocher et exiger qu’on aille lui quérir un moyen de transport digne de son rang et digne de recevoir confortablement le postérieur princier.

Mais le profond désir qui l’animait de ne pas décevoir Gehanne, la belle Gehanne, l’obligea à se contenir. Et puis Daneel lui avait parlé du projet de son père de faire d’elle l’Héritière du trône. Une perspective qu’elle avait d’abord trouvée folle et inconséquente. Comment elle, pauvre petite fille perdue dans l’immensité, pourrait-elle prendre la tête d’une si vaste empire ? Comment pouvait-elle être plus capable que son frère ?

Et puis, elle s’était doucement faite à cette idée. Malgré tout l’amour qu’elle portait à Thélamon, il lui fallait bien reconnaître que son frère chéri agissait plus à l’instinct, dans l’impulsion, que sous la bienveillance d’une saine réflexion. Elle, elle savait soupeser ses choix, elle savait cacher ses émotions, elle savait mûrir un projet lentement et secrètement.

Elle se rendait compte à quel point l’Empire était beau. Divers dans ces paysages, immense par son étendue… Même si on lui avait parlé de ces forêts touffues, de ces terres ocres, de ces plaines immenses, de ces collines ondulantes, de ces rivières argentées, elle ne s’en était fait qu’une piètre idée. Elle n’avait pas imaginé la somptuosité, la richesse, la variété de ces décors naturels qu’elle traversait lentement, en ayant tout le temps d’en savourer la contemplation jusque dans les détails.

Puisque son père l’avait choisie pour lui succéder, tout cela, un jour, serait à elle. Il n’y avait donc après tout aucune différence avec la vie qu’elle connaissait. C’était comme arpenter les couloirs et les salles du Palais Impérial, en plus grand. Elle ne baguenaudait plus dans l’éclatante architecture d’une demeure majestueuse, mais dans la somptueuse construction naturelle que Téléphane avait façonnée pour elle.

C’est avec tout cela à l’esprit qu’elle acceptait finalement des marches interminables, qui l’épuisait mais lui donnait à la fois le sentiment de s’endurcir. Et quand la fatigue se faisait trop grande, la lassitude trop pesante, il lui restait le bras solide et doux de Gehanne pour s’appuyer. La féline guerrière ne refusait jamais un rapprochement physique, l’occasion d’un contact. Et elles avançaient ensemble sur les sentiers cahoteux, unies peau contre peau, leur deux cœurs battant à l’unisson.

Daneel se faisait professeur de sciences naturelles, expliquant, décrivant, décortiquant la faune et la flore. Par instant, elle l’écoutait passionnément, d’autres fois, soûle de ce flot d’informations bien éloigné de ses centres d’intérêt habituels, elle ne lui prêtait qu’une demi-oreille. Mais, comme une petite fille qui fait semblant d’écouter les préceptes parentaux, elle donnait parfaitement l’illusion d’une attention concentrée en fixant son pédagogue avec des yeux ronds d’étonnement.

Ce soir, autour du feu de camp, Daneel lui avait désigné les rondeurs alanguies d’un groupe de collines aux couleurs changeantes sous la lune.

"Ezmaline, sais-tu ce qu’est la colline là bas ?"

A cette minute, elle n’en avait simplement rien à faire. Elle attendait le moment reposant du repas, puis celui d’un sommeil réparateur près, très près et pourtant encore bien trop loin, du corps tiède et rassurant de Gehanne.

Elle minauda, affectant l’air de l’élève qui a oublié sa leçon, espérant que cela pousserait Daneel à lui délivrer rapidement la réponse et à terminer son cours.

Ce qu’elle retint de son long propos qui suivit, c’était qu’ils se trouvaient à quelques encablures du Duché de Valsombre.

Elénior ! Elle avait entendu parler de cette Duchesse. Belle à se damner, disait-on et qui savait en profiter. Elle faisait partie de la suite de son fiancé, qui devait assister à sa noce. Une vexation de plus pour elle, qui n’ignorait pas que la belle aristocrate était une maîtresse occasionnelle et récurrente de son promis. Venir à ses épousailles au bras de son amante. Quelle impudence ! C’était cette humiliation là qu’on avait voulu lui imposer ?

Depuis le temps qu’elle avait fui le cauchemar qu’on lui proposait, la Duchesse avait probablement rejoint ses terres. Puisqu’elle deviendrait, même à son corps défendant, une de ses vassales, Ezabel décida de se comporter en politique.

Découvrir les pâquerettes et les lapins de garenne de son Empire, c’était bien joli, mais si son souverain de père l’avait lancé dans un voyage de découverte, ce n’était pas pour en faire une horticultrice. Il était temps de rencontrer quelques-uns des acteurs de sa future vie. Et commencer par celle qui serait une de ses meilleures ennemies lui parut judicieux. La découvrir, apprendre à la connaître, la jauger… Ce ne serait plus possible ensuite, quand le poids du protocole rendrait tous les rapports faussés et lointains.

Et Daneel proposa justement une étape chez la Valsombre.

"Visite des lieux chauds ? Escapade inopinée dans la forteresse ducale ?"

Elle eut un air entendu, bien loin de l’éclat de naïveté qui rosissait si souvent ses joues.

- Je me suis laissé dire que dans ce Duché, c’était justement le Palais le lieu le plus chaud. Je VEUX rencontrer la Duchesse ! Je sais ce que vous allez me dire… Elle n’a aucune raison de recevoir une paysanne. Mais je pense qu’avec un peu d’effort, j’arriverais à me faire passer pour une aristocrate.

Elle eut un petit rire sous cape qui, étrangement, rappela à Daneel le petit rire malicieux du vieil Empereur pas si fou que ça. Bon sang ne saurait mentir ! On avait le goût du travestissement dans la famille.

- Vous vouliez un programme pour demain ? En voilà un ! D’abord, me trouver une tenue décente, ensuite me trouver une identité et enfin, trouver une raison d’être reçus par la Duchesse. Rien d’insurmontable pour des esprits malins comme les vôtres.

Elle se leva, auréolée d’une prestance Impériale. Rien de comparable dans ses gestes avec l’attitude altière et imposante d’Amicar, mais une stature en devenir, quelque chose qui contenait les germes d’une prochaine grandeur. D’un pas lent et posé, elle s’éloigna du feu de camp comme un monarque qui quitte son Conseil.

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Frère Pierre-Ami
Célèbre
Célèbre
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Age : 27 ans

Neutre Neutre

Clerc : Moine
Profession : Prêtre

Confession : Gémellite

Caractéristiques : Tonsure blonde, généralement vêtu d'une bure monastique. S'appuie sur un bâton.

Têtu et doux fanatique.

Malgré sa confession gémellite, il trouve les rites, les longues prières et la hiérarchie stupides. Il est persuadé que battre les routes et faire le bonheur où qu'il aille est un meilleur moyen de servir son dieu que s'agenouiller devant lui plusieurs fois par jour.


MessageSujet: Re: [Quête de la Noce] 17- La Fuite (Sixième partie) Valsombre   Mer 6 Avr - 11:40

Post N°15


Ils avaient marché des jours et des jours. Pendant des jours et des jours, ce fut le même train-train du voyage, bien plus plaisant aux yeux de Pierre-ami que celui du monastère. Tous les matins, il partait avec Gehanne ou Daneel chasser ou cueillir quelques provisions pour la journée. A leurs côtés, il apprenait beaucoup de la faune et de la flore, et comment s'y prendre pour en survivre, art qu'il avait plus ou moins laissé jusque là à ses compagnons de route. La marche durait souvent toute la journée, pas toujours sur les routes, que les pisteurs impériaux surveillaient. Ah ! Que le moine aimait la marche ! Adopter un bon rythme, bavarder avec ses camarades de fuite, tandis que des paysages magnifiques, vierges des empreintes des hommes, défilait sous ses yeux, et que le flot de parole didactiques de Daneel coulait d'une oreille à l'autre, voilà ce qu'était la vie ! Voilà ce qu'était Téléphane ! Décidément, le frère ne comprendrait jamais les fous et les folles qui s'enfermait entre des murs pour lire, écrire et prier toute leur vie.

Son enthousiasme sur les routes était telle qu'il ne s'inquiétait pas le moins du monde du moral décroissant de la princesse, de plus en plus loqueteuse, comme eux tous. Il le remarquait, bien sûr, mais il trouvait cela normal, pour la fille de l'homme le plus puissant du monde. Après tout, malgré tous leurs efforts, la princesse impériale restait une princesse impériale, et si elle saurait bientôt tout de l'ouest de son Empire, elle ne comprendrait jamais ce qui poussent les vagabonds à battre les chemins du monde.

Voilà donc des jours et des jours qu'ils marchaient, lorsqu'ils arrivèrent dans un terrain bosselé, fait de pentes douces et d'herbe verte, où paissaient des troupeaux et où gambadaient quelques loups gras, repus de bétail. Un simple feu de camp suffisait à les éloigner, et ils n'étaient donc pas dangereux, à l'abri de la faim. Et c'est justement autour de leur habituelle flamme vespérale que Daneel demanda :


"Ezmaline, sais-tu ce qu’est la colline là bas ?"

Pierre-Ami, lui, savait. Et son moral indestructible s'était d'ailleurs affaibli à la vue de ces terres prospères : ils approchaient de l'endroit qu'il aurait à tout prix voulu éviter. Il avait vu des enluminures représentant les lieux, et les avait reconnu tout de suite, tant il avait craint que le groupe se dirige vers le Duché de Valsombre. Daneel confirma ses peurs en répondant lui-même à sa propre question.

"Peut-être devrais-je vous en dire plus sur mes activités. Celles-ci sont diverses. En fait, ce travail pour ton père est tout à fait inhabituel, ça a été un peu, un concours de circonstances. Je viens de monter avec les frères Brawen et Roxie une guilde d’aventuriers spécialisés dans l’art. Certains pourraient vous dire que, s’il y a le nom de Brawen quelque part, tout ne sera pas forcément légal. C’est tout à fait exact. Bref, tout ça pour vous dire que, lorsque nous traverserons des villes, j’essaierai de mettre en place des comptoirs de la connaissance, lieu où mon organisation pourra acquérir des livres écrit par les habitants.
Bien sûr, ma priorité sera la sécurité de notre voyage, mais, si vous souhaitez m’aider dans mes autres activités, j’accepterai avec plaisir."


Ce petit exposé attira irrésistiblement l'intérêt du moine. Des comptoirs de la connaissance ? Cela ressemblait à des histoires comptés par des hommes rencontrés au cours de ses pérégrinations. Il en avait déjà entendu parler et avait trouvé l'idée quasi-divine. Ainsi, Daneel était l'un des responsables de ces installations qu'il n'avait jamais vu ? Cela expliquait une bonne partie de son originalité et de son érudition, pour un guerrier. Peut-être le moine l'aiderait-il, s'ils en avaient le temps. Alors qu'il allait manifester son intérêt pour le projet, Daneel reprit son discours avec ses questions d'orientation classique, qui s'adressait plus à Ezmaline qu'aux deux autres.

"Alors, que voulez-vous faire ? Tourisme ? Visite des lieux chauds ? Escapade inopinée dans la forteresse ducale ? Allez-y, dites moi! Je suis sûr que l'on peut rendre ce voyage très divertissant."

Et le moine, qui se voyait déjà aller se coucher en paix, grâce à l'indécision chronique de la princesse en haillons, crut sentir son cœur s'arrêter lorsque la jeune fille rétorqua, avec le ton de l'Altesse Impériale qui s'éveillait en elle, indignée d'être restée bâillonnée tant de temps :

- Je VEUX rencontrer la Duchesse !

Avait-elle perdu la raison ? Le clerc la regarda d'un air ahuri, pétrifié par une telle témérité, une telle assurance et une telle inconscience. Jamais, jamais ils ne pourraient rencontrer la Duchesse et s'en sortir en vie bien longtemps ! Cette femelle était une véritable démone ! Une vile succube envoyée par Perséphon pour souiller et pourrir le cœur des hommes ignorants de ses cruels artifices !

Et la princesse riait. N'avait-elle donc pas l'impression de se jeter dans la gueule de la louve la plus terrible qui soit ? Même avec des compagnons aussi peu communs qu'eux, Pierre-Ami avait de forts doutes sur le fait qu'il existât une chance qu'elle s'en tire, une fois qu'elle aurait pénétré dans l'enceinte du palais ducal.

Alors que l'humble moine allait opposer à ce caprice insensé toute sa verve combattive, la princesse s'éloigna du feu de camp, après avoir donné ses ordres d'un air hautain. C'était fichu. Gehanne ne s'opposerait jamais fermement aux ordres de son amour presque secret, et Daneel était bien trop fier et audacieux pour refuser de relever un défi pareil.

C'est donc soupirant que l'ecclésiastique prit enfin la parole.


- Eh bien, puisque nous n'avons pas le choix... Il serait donc judicieux d'aller dormir. Lorsque l'on doit commettre une folie, mieux vaut la commettre en forme, n'est-ce pas ?

Le moine se leva lui aussi dans l'intention de s'éloigner, mais fut retenu par une pensée, revenue à la charge.

- Ah ! Et... Daneel... Tes comptoirs m'intéressent et sont un but louable. Si nous ne mourrons pas dans quelques jours, grâce à Téléphane, je t'aiderai volontiers.

Les semaines passées ensemble les avait tous fait se tutoyer, même si le religieux avait eu du mal à donner du "tu" à Ezabel.

Il s'allongea sur l'herbe et s'enroula dans sa couverture trop grande pour lui. Avant de s'endormir profondément, assailli par la lassitude, il eut le temps de sentir son ventre se nouer, sûrement d'anxiété.
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Daneel
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MessageSujet: Re: [Quête de la Noce] 17- La Fuite (Sixième partie) Valsombre   Mer 6 Avr - 23:21

Post N°27


Lorsque la princesse finit sa tirade, Daneel ne dit rien. Il mangea en silence, réfléchissant, et au fur et à mesure, un petit sourire s’épanouissait sur ses lèvres, ce qui, pour ceux qui le connaissaient, n’était pas forcément bon signe.
Intérieurement, ses émotions étaient mitigées. Il était bien que la princesse tombe le masque et se prenne un peu en main, en se conduisant fermement, avec de la conviction et de la volonté. Par contre, il n’était pas certain d’aimer ce ton très longtemps et risquait de lui indiquer sous peu et sans ménagement si ça continuait. Et puis, ordonner, c’est bien, mais ce n’est pas ce qu’il appelait participer aux décisions. Une fois encore, elle les laissait tout gérer. On ne pouvait qu’apprécier une telle confiance, à moins que ce ne soit autre chose...

Tout pris en compte, il était plutôt content. Une semaine s’était écoulée depuis qu’ils avaient laissé la barque et le rythme était… lent. Avoir des camarades était plaisant, et, même si la plupart de la marche se faisait en silence, les quelques discussions se révélaient d’agréables occupations. Mais il fallait reconnaître que le rythme d’une princesse impériale en terrain accidenté faisait fourmiller les jambes du guerrier. Et l’idée de réaliser cette entourloupe lui plaisait bien du coup.

Il aurait pu signifier à la princesse que c’était une sacrée connerie mue par un caprice à la con, mais il fallait bien que jeunesse se passe et c’était peut être en faisant ces bêtises qu’elle apprendrait à être plus raisonnable. Car, s’ils se faisaient prendre dans le domaine de Valsombre, ça serait beaucoup d’efforts gâchés pour un petit caprice, plus la probable exécution de Gehanne, Pierre-ami et la sienne. Oui, décidemment, le plus gênant, c’était peut être qu’elle n’avait pensé qu’à elle dans cette décision. Le plus amusant, se serait de trouver comment s’y prendre. Et que répondre à la princesse aussi.
Et puis, tout bien considéré, était-ce vraiment une connerie et un caprice ?

Malgré ces pensées caustiques, Daneel aimait bien cette petite. Elle faisait beaucoup d’efforts, était souvent de bonne compagnie, courageuse alors que la marche n’était visiblement pas son truc, et semblait avoir assez de caractère pour ne pas fuir ses responsabilités.
Conscient que « serviteur docile » n’était pas le rôle que l’on attendait de lui, il finit de réfléchir, puis, décidant que la réflexion avait assez duré, il se leva. Il accrocha le regard de Gehanne. Tous deux savaient que c’était à lui de savoir se montrer ferme avec la princesse et il lu dans son regard la permission de s’occuper de cette expédition.

Ezabel s’était éloignée de quelques pas, mais ne dormait pas pour autant. Il s’assit en face d’elle et lui répondit sans préambule :


J’accepte votre proposition.

Elle avait grandi dans un milieu suffisamment politisé pour pouvoir interpréter le sens caché de cette phrase. Depuis bien des années, depuis qu’il avait quitté l’armée en fait, Daneel n’acceptait plus d’ordre, notamment quand sa peau était en jeu. Ça pouvait aussi être vu comme le rappel qu’il bossait avant tout pour son père, même si, au fond de lui, il sentait qu’il désirait œuvrer, à sa façon, pour l’avenir de la princesse. Mais là, avec ce vouvoiement qu’il allait aussitôt abandonner, il voulait lui signifier qu’il allait lancer une conversation sérieuse.

Néanmoins…

Il laissa un petit blanc pendant lequel ils se dévisagèrent.

Comme tu me laisses tout organiser, je te propose un petit jeu. Tu me laisses faire, tu m’obéis, tu ouvres les yeux et tu apprends. Et à la prochaine folie qui te traversera l’esprit, tu participeras activement à l’élaboration du plan. En voyageant avec toi, et pour toi, nous mettons nos vies entre tes mains. Si nous nous trompons quelque part, pour toi, ça sera retour au pays, probable mariage et tous les désagréments que cela comporte. Pour nous, ça sera la fin de la partie, on nous jettera dans une fosse après nous avoir vidés comme un poisson fraichement pêché.

Il se sentit devoir nuancer ses paroles.

Ce soir, j’ai vu une impératrice, et j’ai aimé cette vision. Mais j’ai aussi vu une gamine gâtée. Je crois comprendre ce qui te pousse à vouloir voir cette duchesse. Des raisons louables et intéressantes. Par contre, peut être devrais-tu considérer notre groupe comme une équipe, composés de membres aux talents divers et qui ne restent avec toi que par amitié, et non une cour de fidèles dévoués attirés par l’appât du gain ou d’une faveur.

Finalement, il n’avait pas beaucoup nuancé. Il était tout de même content qu’Ezabel prenne enfin ses propres décisions. Il voulait juste la pousser plus loin encore afin qu’elle participe à leurs élaborations, en utilisant les compétences de ceux qui l’accompagnaient, et faire en sorte que plus de monde, comme eux, l’accompagne par choix et non par obligation ou intérêt.

Ils parlèrent encore un peu, Daneel lui assurant que la voir prendre de l’assurance lui plaisait. Il évoqua aussi le comptoir qu’il comptait ouvrir et les bonnes occasions qu’il ne faudrait pas rater à l’intérieur du palais. Pas trop de consignes de prudence, de ce coté là, elle avait déjà beaucoup appris.

Et l’heure fut au repos. Daneel accepta la promesse d’aide de Frère Pierre-Ami, mais sans lui donner plus d’informations. Divers niveaux de sécurité existaient autour de ses activités, et cela assurait la meilleure des protections.


Le lendemain, dans Tifauge



Le petit groupe était arrivé sans encombre dans la capitale du duché et arpentait ses artères. Leur escapade et leurs tenues réduisaient énormément le risque d’être repéré, d’autant plus que le coin devait être bien hostile à tout légitimiste. Daneel glissa une pièce à un malheureux qui répondit à quelques questions faciles.
Ainsi renseignés, ils arrivèrent rapidement devant un tailleur de bonne réputation, mais qui n’était pas non plus utilisé par les nobles locaux. Avant d’entrer, Daneel posa la main sur l’épaule de Gehanne.


Tu peux couvrir nos arrières pendant que je discute les détails avec le vendeur ?

Il la connaissait depuis peu, mais Daneel avait suffisamment confiance en la belle mercenaire pour lui confier son dos. Dans le métier, ce n’était pas un vain compliment. Ils entrèrent et le guerrier interpella le propriétaire.

Hey l’ami ! Nous avons besoin de tes services. Quatre tenues, et nous sommes pressés. Et il faudra du sur-mesure pour la jeune demoiselle que voici. Pendant que tu me montres ton stock, que quelqu’un prenne donc ses mesures !

Et il accompagna sa demande d’une poignée de pièces. Sur un signe du tailleur, une assistance attrapa Ezabel et commença à la tourner et la retourner dans tous les sens. Les clients excentriques et riches étaient toujours reçus avec diligence. Surveillant la princesse du coin de l’œil, Daneel regardait ce que le tailleur lui montrait. Etant pressés, ils ne pourraient attendre qu’il confectionne des vêtements et devraient donc se contenter d’affaires déjà existantes. Ce qui aurait aussi l’avantage de réduire le prix. Ezabel avait beau promener une fortune, par principe, l’aventurier dépensait le minimum. D’ailleurs, pour la princesse, il faudrait contrairement aux autres une tenue qui puisse la faire considérer comme suffisamment de bonne naissance pour mériter une entrevue. Daneel espérait tomber sur quelque chose à la bonne taille et qui ne nécessiterait qu’un peu de retouches pouvant être faites dans l’heure.

Ca, qu’est-ce que c’est ?

Ce qu’il désignait, c’était un ensemble de tenues très colorées, amples, et résolument originales. Il avait beaucoup voyagé mais n’était pas capable de leur donner une origine. Et si lui, ne pouvait les identifier, il pouvait faire gober à n’importe qui qu’elles venaient de n’importe quel endroit qu’il jugerait approprié. Ça pouvait être le coup de chance qu’il espérait. Tout en écoutant le vendeur sur comment elles étaient arrivées là, il s’était approché pour les étudier. Le tissu était véritablement de qualité. Le coté ample résoudrait les problèmes de mesure, et c’était tellement voyant que ça ferait la meilleure des cachettes. Il grimaça. En plus d’être à dominante orange, il y avait même des turbans. Une excellente affaire ! D’ailleurs, c’est ce que le tailleur avait cru en acquérant ces tenues exotiques arrivées par bateau d’une contrée lointaine, sauf que personne n’en avait voulu et qu’ils les avaient remisées là. Lancer une mode n’est pas donné à n’importe qui.

On les prend. Dites à votre assistante de mettre la petite résolument en valeur, puis dites-moi votre prix. Si tout se passe bien, ces tenues vont devenir tellement célèbres que vous allez la lancer votre mode et que ce qu’il vous reste partira comme des petits pains de chez Pistore Clotaire.

L’assistante s’affaira, Daneel paya… avec l’argent qu’Ezabel lui avait remis pour cette étape. Et comme l’assistante était plus lente que le mercenaire, celui-ci, après avoir fait un signe de s’approcher à Pierre-Ami, engagea la conversation sur un autre sujet.


Dites-moi mon bon, que diriez-vous de diversifier un peu vos activités ? Le livre ne paye pas beaucoup, mais ça fait un complément appréciable et des amis dégourdis. Il existe à la capitale blanche une guilde d’aventuriers spécialisé dans l’art. Envoyez donc un messager leur parler si cela vous intéresse. Ils vous enverront un colporteur…

Ils ressortirent quelques instants plus tard. Daneel trottina de quelques pas et tourna dans un flot de tissu orange, fini par une pirouette en portant sa main à son turban… avant de simuler une révérence. Il revint vers ses compagnons avec un grand sourire, et leur déclama, avec un fort accent improvisé :

Et voici pour vous Hoilaloup, la troupe de la fabuleuse princesse barbare Vodjana ! En voyage représentatif dans le grand empire, à la découverte de ses dirigeants !

Eclatant de rire, il reprit un accent normal, et baissa le ton, des gens le regardaient. Donner le change pourrait vraiment être amusant.

Allons, il nous reste à trouver de quelle contrée lointaine nous venons, par quel moyen nous parlons l’ilmengard, surtout si bien, et quelle sera notre spécialité artistique. La dernière fois que je suis passé, un Brawen vivait ici. Un cousin du père des deux que vous avez vu. Il aura sans doute le moyen de nous faire entrer dans le palais en tant qu’invités ou artistes quand nous aurons fini de travailler nos personnages. Allons-nous le voir ? Gehanne, veux-tu te charger de la suite ? J’ai quelques connaissances, mais je ne doute pas que tu as toi aussi de la ressource.

Il dévisagea ses trois partenaires.

Cela te va très bien Gehanne d’ailleurs, tu es ravissante en féroce barbare. Toi aussi jeune dame. Toi, par contre, Pierre-Ami, tu es affreux !

Et Daneel reparti d’un éclat de rire. Oui, pour le moment, il s’amusait beaucoup.

_______________________
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Gehanne de Mérieu
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Guerrier : Milicien
Profession : Mercenaire

Confession : Gémellite

Caractéristiques : Persuadée à tort ou à raison que Téléphane lui parle directement, elle est d'une foi inébranlable et pourtant une guerrière sans pitié. Ses élans la poussent à rechercher la compagnie amoureuse des femmes.

Equipement Particulier : Fouine apprivoisée


MessageSujet: Re: [Quête de la Noce] 17- La Fuite (Sixième partie) Valsombre   Ven 15 Avr - 16:21

Post N°10


Le compliment ne la fit pas rougir : il venait d’un homme. Mais elle partageait l’avis de Daneel : Ezabel était resplendissante.

Elle pouvait enfin laisser s’exprimer le naturel qui lui donnait ce port de tête si droit, ce regard altier, ces épaules conquérantes. Dans une robe soyeuse, parfaitement ajustée à ses formes, elle irradiait de sa prestance de Princesse. Au moins, la maîtresse des lieux ne pourrait pas douter qu’elle fut de haut lignage. Et Gehanne la trouvait encore plus belle, encore plus désirable, encore plus précieuse et rare, comme une fleur s’épanouissant au point du jour.

Daneel paraissait s’amuser, comme un gamin qui se déguise. Il entrait le sourire aux lèvres dans leur grand carnaval et agitait dans de grands gestes l’étoffe souple de ses amples manches. Il faisait le pitre pour amuser les filles de la bande.

Spécialité artistique ? Ils devenaient donc de ces saltimbanques ambulants qui passent leur vie à courir les chemins de cité en cité pour offrir des spectacles de rue. De ces étrangers aux costumes colorés qu’on soupçonne toujours un peu de sorcellerie, ces parias nomades qu’on apprécie dans leurs numéros mais dont on ne peut pas s’empêcher de penser que c’est peut-être à cause de leur récent passage qu’il manque quelques poules dans le poulailler.

Ezabel était une Princesse vagabonde, accompagnée d’une troupe de bateleurs. Même si elle eut un sourire en pensant que ça n’était pas si loin de correspondre à la réalité, elle n’était pas sûre que cela suffirait à être reçus au Palais Ducal.

- Notre spécialité artistique ? Heu… Je sais lancer des couteaux, répondit-elle un peu bêtement.

La rue se mit à marmonner sourdement. Les regards goguenards qui se posaient avec amusement sur leur petite troupe de forains les lâchèrent brusquement pour se perdre sur le sol. Les épaules se voûtaient, les têtes semblaient rentrer dans les épaules, les conversations se taisaient.

Seul le claquement de quatre sabots sur le pavé brisait le silence lourd et pesant qui s’était installé. Remontant la rue à cheval, une femme brune, vêtue d’un pantalon et d’une veste, toute de cuir, traversait avec hauteur une foule qui s’écartait sur son passage sans oser la regarder. Certains, plus courageux ou plus peureux, s’enfonçaient rapidement dans une rue perpendiculaire pour ne pas avoir à la saluer ; la plupart, plus lâches ou plus raisonnables, se pliaient en une profonde révérence.

Avant leur venue à la Capitale Blanche, le Marquis de Suss-Mayern avait montré à ses hommes de main les portraits de tous les Seigneurs qui seraient présents au mariage. Prévoyant et sans idée préconçue sur les ordres qu’il aurait à leur donner, il avait tenu à ce que chacun de ses mercenaires puisse reconnaître sans erreur une cible éventuelle.

Gehanne ne pouvait pas avoir oublié le portrait d’une des plus belles femmes de l’Empire et même à cette distance, elle constata en rivant son regard sur la cavalière que, malgré tout leur talent, les peintres ne parviennent décidément pas à imiter la perfection de la nature quand elle a mis tant de grâce et d’harmonie dans un visage et une silhouette.

Hasard ou coïncidence ? se demanderaient sans doute ses compagnons… La fortune leur souriait qui mettait directement sur leur chemin celle qu’il cherchait à rencontrer. Gehanne n’en soufflerait mot à personne mais pour sa part, elle ne pouvait pas y voir autre chose que l’intervention divine. Téléphane continuait de l’accompagner, de guider son destin et il avait répondu à sa prière muette.

Quel était son dessein ? Elle n’aurait pas la prétention d’essayer de le deviner. Téléphane souhaitait cette rencontre pour elle et peut-être aussi pour Ezabel. C’était tout ce qui lui importait. Et c’était tout ce qui suffit aussi à faire taire en elle le doute et le désaccord qu’elle éprouvait sur cette hasardeuse expédition.

Jusque là, elle avait choisi d’obéir à sa Suzeraine adorée, à l’âme chérie qui occupait son cœur. Désormais, elle revenait sur le droit chemin, en obéissant aux voies du Seigneur, comme depuis toujours.

Devant eux, se rapprochant au rythme du pas d’un cheval, l’occasion se présentait. Il ne fallait pas la manquer.
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Frère Pierre-Ami
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Caractéristiques : Tonsure blonde, généralement vêtu d'une bure monastique. S'appuie sur un bâton.

Têtu et doux fanatique.

Malgré sa confession gémellite, il trouve les rites, les longues prières et la hiérarchie stupides. Il est persuadé que battre les routes et faire le bonheur où qu'il aille est un meilleur moyen de servir son dieu que s'agenouiller devant lui plusieurs fois par jour.


MessageSujet: Re: [Quête de la Noce] 17- La Fuite (Sixième partie) Valsombre   Lun 18 Avr - 9:54

Post N°16


Ils étaient entré à Tifauge. Admirant les rues bien ordonnées, à l'achitecture si différente de celle des fiefs Légitimistes du Moyen-Centre, Pierre-Ami regretta de ne pas avoir du papier, malheureusement si cher, et une plume pour dessiner ces façades sans colonnades aucunes, faites de poutres et d'un mortier diablement efficace, car il ne servait nullement à tenir des pierres : il ETAIT lui-même le mur. Le moine s'y retrouvait en maçonnerie, car il avait assisté le maître-maçon lors de la construction d'une chapelle, à son petit monastère de Fonge ; mais jamais l'ouvrier ne lui avait parlé d'une telle matière.

Impressionné malgré la répulsion que lui inspirait la ville, le frère s'abîma dans sa contemplation ravie, laissant Daneel s'occuper de leur couverture. Apercevant un maçon à l'ouvrage, il fit signe à Gehanne qu'il s'éloignait un peu, mais Daneel l'appela pour enfiler un costume bariolé de couleurs vives et chères, d'origine étrangère pour sûr. Fichtre ! Ainsi grimé, il ne s'approcherait jamais d'un gaillard du peuple : on se méfiait des barbares.

Il enfila le tout, désolé d'abandonner là sa bure monastique, mal à l'air dans ces vêtements amples et tapageurs. Les coutures lui grattait le dos, et les chausses lui donnait trop chaud. Mais, avec son bâton, son turban ocre et sa barbe, il avait l'air d'un de ces conteurs barbares vagabonds, racontant à tous des histoires mystiques venues de lointaines contrées.


Et voici pour vous Hoilaloup, la troupe de la fabuleuse princesse barbare Vodjana ! En voyage représentatif dans le grand empire, à la découverte de ses dirigeants ! Allons, il nous reste à trouver de quelle contrée lointaine nous venons, par quel moyen nous parlons l’ilmengard, surtout si bien, et quelle sera notre spécialité artistique. La dernière fois que je suis passé, un Brawen vivait ici. Un cousin du père des deux que vous avez vu. Il aura sans doute le moyen de nous faire entrer dans le palais en tant qu’invités ou artistes quand nous aurons fini de travailler nos personnages. Allons-nous le voir ? Gehanne, veux-tu te charger de la suite ? J’ai quelques connaissances, mais je ne doute pas que tu as toi aussi de la ressource.

Bien que Daneel se soit adressé à Gehanne, la question de leur origine l'intéressa.

- Vodjana ? Jamila serait plus exact : je crois que ça veut dire "belle", en Keustatin. En revanche, Hoilaloup ne sonne pas barbare. Khailalou ! Les marchands du désert que j'ai rencontré avaient l'accent taillé à la serpe. J'ai quelques notions de leur langue : nous pourrons nous faire passer pour leurs, auprès d'impériaux.

- Notre spécialité artistique ? Heu… Je sais lancer des couteaux, renchérit Gehanne, l'air un peu déboussolée.

- Personnellement, je connais pas mal de mythes du désert. Mes compagnons keustatins m'en avait raconté un certain nombre. Et il paraît que je suis plutôt bon, comme conteur.

Voyez ? Ana shahreir, oua azdiakki oukha afnaan. Je crois que ça signifie, en gros, "je suis un poète, et mes amis sont d'autres artistes", même si je n'y connais rien en syntaxe keustatine. Hazihi albint almalik alsahra : Jamila. Ca, ce sera pour présenter Ezmaline.


Un mouvement de foule et un silence se répandant comme une épidémie ravageuse interrompirent Pierre-Ami dans son exposé : une femme à l'air divin, vêtue d'un cuir de bonne facture, remontait à cheval la rue pavée, fendant la foule comme une épée fend la chair. Les badauds apeurés s'inclinait fébrilement sur son passage. Ainsi, c'était elle, la démone, la beauté pervertie, l'incarnation de la luxure, la dame de Valsombre, mille fois damnée ! Pierre-Ami, malgré son absence d'attirance pour les femmes, comprenait fort bien que celle-ci ait fait se pâmer des centaines d'hommes autour d'elle. Seul son regard puissant et cruel contrastait avec son visage angélique et son corps de déesse, et les hommes fous de désir ne prêtent guère attention au regard de la femme qu'ils veulent posséder, ou bien s'en accommodent s'il leur déplaît. Cette succube avait été bien armée par Perséphon, si son but était bien de répandre le vice.

Mais Pierre-Ami souriait malgré tout : Téléphane était avec eux. La duchesse arriverait bientôt à leur hauteur, et ils pouvaient saisir cette chance. Le moine déguisé se doutait bien qu'il fallait de toute façon faire quelque chose : Ezabel n'accepterait pas de courber son impériale échine devant la duchesse, comme le petit peuple, sans même que cette dernière ne lui adresse un regard. Il fallait intervenir. Prenant le meilleur accent keustatin qu'il pût, Pierre-Ami s'exclama au passage de la dame, de manière qu'elle l'entende bien :


- Ya asdiakki ! Ne serait-ce pas la légendaire duchesse de Valsombre ? Ma akbar aljinn !
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Elénior
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Caractéristiques : Sombre et perfide, elle joue habilement de ses charmes pour obtenir ce qu'elle veut. Prête à l'assassinat et à offrir son corps, elle n'a aucun scrupule. Sa beauté est vénéneuse.


MessageSujet: Re: [Quête de la Noce] 17- La Fuite (Sixième partie) Valsombre   Dim 24 Avr - 12:12

Post N°3


Elle remontait la rue avec lenteur. Les regards n’osaient pas se poser sur elle. Une sourde clameur de haine exhalait de ces échines courbées : peur, crainte et détestation transpiraient dans les révérences contraintes et tremblantes.

Aucune once de respect dans cette allégeance forcée, seules l’obligation et la terreur de sa colère arbitraire poussaient ses sujets à ployer les genoux, à voûter les épaules, à plier la nuque. C’était pour elle une preuve de l’étendue de son pouvoir. On ne l’honorait pas parce qu’on l’aimait mais parce qu’elle était la maîtresse. Et c’était sa garantie que ce petit peuple insignifiant offrait ses vies à son service par crainte du châtiment.

Tifauge, son refuge, son domaine. Ici, elle n’avait pas à se soucier du protocole qui l’obligeait à se tenir en arrière de Mélien, à garder une place de suivante qui la répugnait tant. Ici, le protocole la plaçait au sommet de la pyramide, comme une gouvernante absolue. Ici, il n’y avait rien, personne plus haut qu’elle, à part peut-être ce Dieu auquel elle ne croyait guère et qui brillait surtout par l’absence de ses manifestations.


Si Téléphane était ce divin supérieur, bon et généreux, auquel tous aspiraient, comment pouvait-il la laisser écraser sous son joug capricieux toute la population de Valsombre ? Non, assurément, les prêtres cachaient derrière leur logorrhée un secret que beaucoup d’entre eux connaissaient sûrement : Téléphane n’existe pas ! Il est une commode invention pour tenir le bas peuple sous un pouvoir humain, pour consoler ceux qui ne sont rien en leur promettant par-delà la mort une vie meilleure que celle qu’ils connaissent sur terre. Bien pratique de subjuguer les foules avec des promesses que personne n’aura jamais à tenir, bien utile de leur faire croire en un monde meilleur quand celui qu’on leur offre les place au rang de bête. Elle ne s’y trompait pas, elle qui, malgré son impiété, malgré son athéisme chevronné, faisait illusion en imposant les règles de la tradition gémellite, en en respectant les rites, le culte, en caressant adroitement les autorités ecclésiastiques de son fief, parfaits adjoints involontaires de sa domination.

Ce qu’elle avisa au bout de la rue dessina sur son visage une grimace venimeuse : là-bas, dans des costumes amples et sous des turbans exotiques, un petit groupe la regardait approcher sans avoir l’air de trembler. Des étrangers qui ne se sentaient pas tenus à l’obséquiosité, ni par leur foi, ni par une obligation politique à laquelle leur statut d’immigrés les soustrayait. Ce qui poussa l’un d’entre eux à avoir l’outrecuidance de se placer sous les pas de son cheval et à lui adresser la parole. Il marmonna quelques mots incompréhensibles dans son dialecte sauvage.

Saisie, elle regarda le saltimbanque de toute sa hauteur :

-
Qui crois-tu être, petit homme barbu, pour apostropher ainsi la Duchesse de Valsombre ?
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Frère Pierre-Ami
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MessageSujet: Re: [Quête de la Noce] 17- La Fuite (Sixième partie) Valsombre   Lun 25 Avr - 22:49

Post N°17


Ah ! La duchesse honorait sa réputation d'amabilité. Mais elle l'avait bien entendu, et son ton terrible glaça intérieurement le moine, que la peur saisissait aux tripes. Ils allaient se faire massacrer !

Prenant à deux mains son courage, il s'inclina avec un faux naturel plutôt très convaincant et expliqua la raison de sa présence sur le passage de la fielleuse madone avec un accent keustatin très potable.


- Ah, veuillez excuser mon langage, puissante Duchesse. Je suis ici chez vous, je dois parler comme chez vous. Nous sommes la troupe Khailalou, les compagnons de la princesse Jamila du désert !

Dans un mouvement théâtral, Pierre-Ami désigna Ezabel, magnifique dans sa robe exotique, et il sentit l'intérêt de la Valsombre s'éveiller. N'allait-elle pas enrager en apercevant une telle beauté, rivalisant avec la sienne ? La rage des nobles étaient un lent poison, qui laisserait quelques jours au moins à Ezabel pour faire ce qu'elle avait à faire, avant que la Duchesse ne fasse quelque chose qui leur nuirait.

- Encore une fois, puissante Duchesse, veuillez m'excuser d'avoir interrompu votre avancée dans votre propre ville, mais la princesse désire rencontrer un à un tous les seigneurs de l'Empire, et elle a dirigé nos pas vers votre célèbre duché. Les légendes sur votre pouvoir et votre beauté dépasse les frontières, savez-vous. Mais elles ne sont pas encore à la hauteur de la vérité, me semble-t-il.

Le moine avait l'impression d'en faire un peu trop, et se faisait violence pour ne pas jeter des coups d'œil inquiets vers ses compagnons. Il espérait qu'Ezabel allait intervenir bientôt, pour leur sauver la mise, parce que son capital improvisation s'épuisait rapidement.
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